
Netflix continue d’avancer ses pions face à une concurrence de plus en plus féroce. Cette fois, la plateforme frappe fort en officialisant un partenariat d’ampleur avec Sony Pictures. Objectif : devenir le point de chute privilégié des films du studio en première fenêtre payante. Autrement dit, une fois leur carrière en salles terminée, Spider-Man, Uncharted ou encore le très attendu 28 ans plus tard trouveront directement refuge sur le service au N rouge.
Les deux groupes se connaissent déjà bien. Un premier accord, signé en 2021 et limité au marché américain, avait posé les bases de cette collaboration. Cinq ans plus tard, Netflix et Sony passent à la vitesse supérieure en étendant leur entente à l’international. Le nouveau contrat, estimé à près de 7 milliards de dollars, permet à Netflix de s’assurer l’exclusivité mondiale de la fenêtre dite “Pay-1” pour l’ensemble des longs-métrages Sony Pictures.
Ce dispositif entrera progressivement en vigueur à partir de 2027, avec un déploiement total prévu d’ici 2029, en fonction des règles locales de diffusion. Dans certains territoires, comme l’Allemagne ou l’Asie du Sud-Est où Netflix détient déjà des droits spécifiques sur le catalogue Sony, l’application sera plus tardive. Concrètement, cela signifie que Netflix deviendra le premier service de streaming par abonnement à proposer les films Sony après leur exploitation en salles, en VOD et en DVD.
Du côté de Netflix, l’enthousiasme est assumé. La plateforme voit dans cet accord un moyen de renforcer considérablement son attractivité auprès des amateurs de cinéma. L’accès privilégié à des franchises emblématiques et à des succès récents du studio est perçu comme un levier stratégique pour enrichir un catalogue de plus en plus scruté par les abonnés.
En ce qui concerne la France, la situation est nettement plus complexe. La fameuse chronologie des médias continue de dicter le tempo, et Canal+ conserve la première fenêtre payante. Grâce à ses accords avec plusieurs grands studios internationaux, la chaîne cryptée peut diffuser les films seulement six mois après leur sortie en salles, bien avant les plateformes de streaming.
Canal+ avait d’ailleurs sécurisé sa position dès 2022 en signant un partenariat avec Sony Pictures et NBCUniversal, venant s’ajouter à ses accords existants avec Warner Bros, Disney et Paramount. Tant que ce contrat reste en vigueur, Netflix devra patienter. La plateforme a toutefois réussi à renégocier sa place dans la chronologie, réduisant le délai d’accès à 15 mois au lieu des 17 habituels pour la SVoD.
Reste à savoir quand ces nouvelles modalités s’appliqueront concrètement dans l’Hexagone. Netflix assure vouloir harmoniser son dispositif à l’échelle mondiale d’ici à 2029, mais le calendrier précis pour la France demeure flou.
Ce partenariat avec Sony s’inscrit dans une stratégie plus large. Alors que le streaming traverse une phase de ralentissement, Netflix multiplie les acquisitions et les alliances pour sécuriser son avenir. En s’associant au seul grand studio hollywoodien à ne pas posséder sa propre plateforme, l’entreprise s’offre un flux régulier de films prestigieux sans dépendre uniquement de ses productions originales.
Dans le même temps, Netflix s’apprête à franchir un cap encore plus spectaculaire. L’annonce, fin 2025, du rachat de Warner Bros ouvre la voie à un catalogue colossal, comprenant certaines des licences les plus lucratives de l’histoire du cinéma, de Harry Potter au Seigneur des Anneaux, sans oublier le DC Universe ou Dune.
En France, Canal+ conserve pour l’instant une position clé, comme en témoigne la diffusion rapide de Minecraft, le film seulement six mois après sa sortie. Mais si Netflix venait à consolider son emprise sur Warner Bros, la question de l’exclusivité française pourrait rapidement revenir sur la table. La présence remarquée de Ted Sarandos lors de la présentation de Canal+ en décembre dernier, ainsi que les signaux de rapprochement entre les deux groupes, laissent toutefois penser qu’un équilibre pourrait être trouvé. Du moins, pour éviter que la chaîne cryptée ne perde toutes ses cartes maîtresses d’un coup.